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Petit guide pour utiliser son téléphone plus intelligemment…

6h55 : une douce musique au réveil vous tire du lit assortie d’une vibration un brin stressante…

Oui, c’est cet objet de tous les désirs qui nous tire du lit le matin. Et c’est les yeux encore tous collés, que sa lumière bleutée nous donne les nouvelles de la nuit, les notifications manquées, et toutes ces nouvelles dont on se passerait bien dès le petit matin… Tiens d’ailleurs, quel temps fait-il ? Et si je me levais pour aller ouvrir ma fenêtre (et aérer au passage), plutôt que de regarder quel pictogramme dictera ma tenue du jour?

Le smartphone est décidément entré dans nos vies. Jusque dans notre chambre à coucher. Jusqu’à nous priver de notre ennui. Cet objet tout-en-un a remplacé l’ordinateur dans notre navigation quotidienne, rendant tout à portée de main, où que l’on soit. Même s’il peut s’avérer rudement pratique, on est devenus complètement accros !

En 2020, 84% des Français possédaient un smartphone (77% en 2019 selon l’ARCEP). J’en fais évidemment partie, et je me pose la question depuis de quelques temps sur mes usages, et la façon dont je pourrais réduire mon impact.

Il y a beaucoup de choses à en dire, et je suis loin d’être parfaite dans mon utilisation. Alors ne prenez pas ce qui suit comme des injonctions, car je serais un bien mauvais exemple si je devais cocher toutes les cases. Mais voyons ceci comme des objectifs, et des infos à répandre au plus grand nombre !

Près de 80% de l’impact environnemental est lié à sa fabrication. C’est donc réellement à ce niveau qu’on doit changer les choses. L’usage que l’on en fait, certes, peut compter, mais dans des proportions absolument pas comparables.

Il est donc intéressant de détailler quels sont les éléments clés dans la fabrication d’un téléphone.

Mais au fait, y’a quoi dans mon smartphone ?

Des métaux rares et précieux principalement

Savez-vous que pour produire un téléphone, il a fallu utiliser 200kg de matière première (soit 500 fois son poids) ? Aujourd’hui, on trouve plus de 70 matériaux différents dans un smartphone, beaucoup plus qu’un simple téléphone portable. Ces matériaux sont présents en très petite quantité et leur alliage parfois complexe rend nombre d’entre eux difficiles à recycler. Ce sont des ressources non renouvelable, et même si on en parle que peu, ces ressources risquent de s’épuiser d’ici quelques années si on en prend pas soin.

Source : infographie « Le smartphone, une relation compliquée » de l’ADEME.

Selon l’ADEME, il a fallu 4 tours du monde pour fabriquer un smartphone :

  • Sa conception aux États-Unis le plus souvent,
  • L’extraction et la transformation des matières premières en Asie du Sud-Est, Australie, Afrique centrale et Amérique du Sud,
  • La fabrication des principaux composants en Asie, Amérique du Nord et Europe,
  • L’assemblage en Asie du Sud-Est.

Une exploitation des ressources dévastatrice sur le plan humain et environnemental…

… Qui commence dès la phase d’extraction de minerais.

  • Le Chili, qui possède les plus grands gisements de lithium, est confronté à une véritable « guerre de l’eau ».
  • Le cobalt, composant les batteries, provient majoritairement de la République Démocratique du Congo.
  • Selon Amnesty International, près de 40 000 enfants travailleraient dans les mines de cobalt et de coltan au milieu de poussières hautement toxiques.
  • L’extraction des « minerais de sang » (étain, tantale, tungstène et or) conduit à alimenter des conflits armés aux dépens des populations locales.
  • 90% des smartphones sont assemblés en Chine, où des adolescents rejoignent des usines géantes, souhaitant sortir leur famille de la pauvreté…
  • Ces mêmes travailleurs exposés à des produits hautement toxiques et qui développent par la suite des maladies professionnelles qu’on est bien incapables de chiffrer (Complicit, les visages derrière nos Smartphones).

L’exploitation des mines conduit également à la destruction d’écosystèmes et à de multiples pollutions de l’eau, de l’air et des sols.

L’essentiel du problème est là : 80 % de l’impact environnemental d’un smartphone est lié à sa fabrication. Et on le comprend vite, le téléphone le plus responsable est celui qu’on n’achète pas. Alors comment mieux utiliser son téléphone pour réduire ces effets négatifs ?

Allonger la durée de vie du téléphone

Selon l’ADEME, presque 90 % des Français remplacent leur smartphone, alors que celui-ci fonctionne encore. En effet, en France, on change de téléphone en moyenne tous les 20 mois. En cause l’usure, la casse et l’obsolescence programmée mais surtout l’arrivée perpétuelle de nouveaux modèles toujours plus performants et aux publicités attractives. Et pourtant, faire durer nos équipements numériques constitue le geste le plus efficace pour diminuer leurs impacts.

Comment protéger son téléphone ?

  • Protéger son smartphone des chutes avec une coque à rabat.
  • Prendre soin de sa batterie : veillez à conserver un volume de charge entre 20 et 80%, à ne pas laisser votre chargeur branché toute la nuit. Évitez les fortes températures (chaudes et froides).
  • Laisser son téléphone se reposer après une surchauffe (usage du GPS).
  • Éteindre son téléphone ou le mettre en mode avion dès qu’il n’est pas utilisé (la nuit par exemple).

Comment réparer son téléphone ?

Près de 80 % des casses concernent uniquement un écran brisé, facilement réparable. Pour cela de nombreuses associations ou entreprises proposent de redonner une seconde vie à vos appareils.

Pour les trouver, vous pouvez consulter le site Longue vie aux objets qui vous permet d’identifier en fonction de votre besoin, du type d’appareil, et de votre localisation les prestataire proposant ce type de service.

Faire soi-même ? C’est de plus en plus possible, avec la recrudescence de tutos en ligne, comme iFixit ou SOSAV.

Renseignez-vous également auprès des associations de votre quartier : de nombreux « Repair Cafés » voient le jour et c’est une excellente façon d’apprendre à réparer ses équipements et de recréer du lien – bien réel cette fois !

A noter : les smartphones bénéficient d’une garantie légale de 2 ans comme tous les produits en France.

Des fonctionnalités pas toujours utiles !

Si la plus grande part de l’impact environnemental du smartphone est liée à sa fabrication, pour le reste leur mode d’utilisation vient encore augmenter leur impact écologique.

Le smartphone est devenu un incontournable, remplaçant nos appareils photos, mais également le bon vieux radio-réveil, la lampe-torche, la calculatrice… Mais ce n’est pas les seules et on ne s’en rend pas forcément compte. Connaissez-vous toutes ces applications qui vident votre batterie et vous assomment de notifications alors que vous n’en avez pas besoin ?

La mode est aux « applis » qui sont souvent développées trop rapidement, sans optimisation, et toujours ouvertes en arrière-plan. Ces « obésiciels » ont leur part de responsabilité dans la consommation électrique des datacenters et des terminaux.

35 « applis » tournent en moyenne sur un smartphone, qu’elles soient utilisées ou pas. Résultat, les batteries se vident en moins d’une journée

Anne-Cécile Orgerie, chercheuse CNRSNumérique : le grand gâchis énergétique | CNRS Le journal

Il y a également les applications Google qui ne sont pas forcément nécessaires au bon fonctionnement du téléphone. La plupart peuvent être désactivées, y compris la géolocalisation ou l’historique, précieux pour Google, mais qui a la capacité de vider encore davantage la batterie, et parfois même de tracker nos données à notre insu…

Naviguer intelligemment

Logiquement, moins et mieux on utilise son smartphone, moins il nécessitera d’électricité pour fonctionner. Mais il ne s’agit pas que de recharger moins notre smartphone pour économiser de l’énergie. Greenspector a d’ailleurs mesuré l’impact de la navigation, des sites visités et du matériel sur le taux de remplacement des téléphones, et calculé que l’énergie des applications et des sites web a un sens dans l’empreinte environnementale du numérique.

Faire preuve de sobriété

C’est un maître-mot lorsqu’on se lance dans l’éco-conception, mais qui s’applique dans toutes les sphères de la vie. On se concentre sur son besoin et on oublie les fonctionnalités inutiles qui polluent plus que leur réelle utilité.

Outre les bénéfices qu’on pourra en retirer sur notre attention et notre concentration, les effets de la déconnexion sur l’environnement s’en ressentiront.

Le wifi plutôt que les fréquences mobiles.

De la 2G à la 5G, elles coexistent toutes aujourd’hui, et sont beaucoup plus énergivores que le wifi. Nos activités sur le web n’ont donc pas le même impact lorsque nous sommes en 4G ou chez nous.

L’essor des forfaits illimités a également cet effet rebond négatif sur la consommation de données. Il s’agit encore une fois de reprendre conscience de sa consommation, par exemple en définissant sur son téléphone des seuils d’alerte d’utilisation des données.

Couplé aux forfaits sobriété proposés par l’opérateur Telecoop, cela a eu un réel impact sur ma propre consommation de données mobiles – et mon porte-monnaie : la seule limitation que je me suis imposée sur ma consommation de données est de ne pas regarder de vidéos en itinérance, et je reste en dessous des 1Go de données mensuelles sans avoir la sensation de me limiter !

NB : si vous souhaitez tester Telecoop, vous pouvez utiliser ce lien de parrainage pour obtenir 5€ de réduction sur votre première facture. C’est une coopérative avec un modèle vraiment vertueux que j’utilise depuis 1 an et demi, avec une totale satisfaction!

En local plutôt que sur le cloud

Utiliser un stockage distant pour ses fichiers, photos ou vidéos, a ses avantages, et notamment quand on utilise plusieurs terminaux ou que l’on change de téléphone, mais cette dématérialisation nous fait parfois oublier que nos données prennent de la place alors que tout stocker sur le cloud n’est pas forcément utile!

En effet, cela implique :

  • un datacenter distant (et bien souvent situé à l’autre bout du globe),
  • une synchronisation régulière et donc un échange de données sur autant de km aller-retour…

… et donc une consommation globale d’énergie bien plus élevée que le stockage sur son appareil.

Mais, évidemment, le stockage sur son téléphone n’est pas illimité ! C’est peut-être l’occasion toute trouvée pour faire de la place sur son téléphone, et questionner ses usages : une vidéo a-t-elle réellement plus d’intérêt qu’une photo ? A-t-on besoin de prendre autant de photos et de toutes les conserver ? Est-il nécessaire de conserver toutes les notes vocales échangées ?

Autre point de vigilance : lors de l’échange de photos par messagerie, des copies des photos envoyées sont souvent stockées dans les dossiers de l’application de votre téléphone… et donc en double !

Plutôt que d’attendre le moment fatidique où l’appareil alerte sur la capacité maximale de stockage atteinte, il peut-être bon de gérer dès leur réception les photos et vidéos reçues : s’il n’ont pas vocation à être conservés (le menu du restaurant de ce midi, le gif animé envoyé par le collègue, ou capture d’écran de son téléphone…), autant les supprimer tout de suite. Et cela allègera aussi votre charge mentale !

Quelques conseils faciles à mettre en œuvre :

  • Mettre son téléphone en mode « économie d’énergie », même lorsque celui-ci est chargé.
  • Désactiver la géolocalisation lorsqu’elle n’est pas nécessaire.
  • Désactiver le bluetooth par défaut, le wifi lorsque l’on n’en a pas besoin.
  • Désactiver les notifications push sur les applications installées, l’actualisation automatique des mails par exemple, et les notifications plus généralement. Votre attention n’en sera que moins perturbée!
  • Bloquer l’utilisation des données mobiles pour toutes les applications depuis les réglages du smartphone. Si nécessaire, vous pouvez débloquer l’utilisation des données seulement pour une application. Cela évitera la consommation de 4G par des applications en arrière-plan.
  • Pour l’audio, privilégiez les connexions filaires (écouteurs ou enceintes), vous préserverez l’environnement et gagnerez en qualité de son.
  • Télécharger chez soi en wifi ses émissions de podcast préférées, pour les écouter plus tard, cela évitera les allers-retours serveurs – appareils à chaque écoute et la mobilisation des données mobiles.

Décrocher… vraiment.

Plus facile à dire qu’à faire… Mais quand on se rend compte du temps passé sur son téléphone dans la journée, cela pose questions. Comment faisait-on avant ?

Le numérique est une drogue dure, et ce à tous les âges. Et si nous nous rappelons le bon vieux temps où nous devions partager le téléphone de la maison avec la connexion internet, et que nous comptions les caractères de nos SMS, les jeunes générations d’aujourd’hui ne sont plus du tout dans cette réalité-là.

Apprendre à se déconnecter est essentiel

Le numérique, en tant que tel, n’est pas addictif, mais les interactions qu’il permet le sont. Les applications sont conçues pour capter l’utilisateur : fil d’actualité illimité sur les réseaux, le doux son des notifications… La sécrétion de dopamine (l’hormone de la récompense) libérée par notre corps lors de notre navigation nous rend tous accros.

En prendre conscience et réaménager son temps

Le téléphone ne fait pas tout. Regarder sa montre quand on a besoin de connaître l’heure n’a pas le même effet que consulter son téléphone : on regarde avant tout les notifications, et l’urgence d’en prendre connaissance – voire d’y répondre – nous font réaliser bien des minutes plus tard qu’on n’a toujours pas regardé l’heure !

Favoriser des temps longs sans téléphone peut aider, notamment en début de journée : plus vous retardez le moment où vous consultez votre téléphone, plus la qualité de votre attention en sera meilleure tout au long de la journée… C’est peut-être le moment de rebrancher le bon vieux radio-réveil !

Sources

Vous trouverez sur le net nombre d’articles sur ce sujet si vaste. Je me suis inspirée de ceux-ci pour rédiger cet article :

Un ouvrage à mettre entre toutes les mains : Tendre vers la sobriété numérique, par Frédéric Bordage.

Et pour l’image, c’est Pixabay !

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