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Quelle est la messagerie la moins polluante ?

Quelle est la messagerie la moins polluante ?

SMS, Whatsapp, Facebook Messenger, Telegram, Signal, ou le classique courrier électronique… Combien d’applications de messagerie sont installées sur votre téléphone ? Si c’est comme pour moi, beaucoup trop. J’en compte neuf, incluant des outils collaboratifs de travail comme Slack ou Trello. Et je n’ai pas compté les applications utilisant leur propre système de messagerie comme LinkedIn ou Leboncoin.

Quelle application choisir ?

L’application la plus adaptée dépend du nombre d’interlocuteurs dans la discussion, de leur localisation dans le monde, de l’attention que porte chacun au respect des données… Mais également à l’empreinte carbone ! Maintenant que les réseaux mobiles ou fibre nous transportent quasiment dans l’instantanéité, on ne se rend plus compte du poids des données que l’on transporte.. Et pourtant !

Le cycle de vie d’un message

Reprenons les différentes étapes nécessaires à l’envoi d’un message :

  1. Écriture du message : pour cela vous utilisez un terminal, ordinateur ou téléphone. Et c’est la phase la plus polluante ! En effet, il a fallu fabriquer cet appareil – 75% de l’empreinte écologique du numérique est due à la fabrication des équipements. De plus, cet appareil consomme : plus l’écran est grand, plus l’impact est grand. Plus de temps vous y passez, plus il consomme…
  2. Transport des données : le message transite par Internet, et parcourt jusque 15 000 km ! De l’énergie est utilisée pour générer et transport ce signal.
  3. Lecture du message : tout comme pour l’écriture, la lecture se fait sur un ordinateur ou un téléphone…
  4. Le stockage : vos messages sont stockés en local ou dans un ou des datacenters. Mais contrairement aux idées reçues, c’est l’étape la moins polluante du cycle de vie.

Savez-vous par quels canaux transitent tous vos messages quotidiens ?

Pour connaître le coût environnemental de sa communication, il est important de comprendre comment est transportée l’information.

  • Le SMS est sans doute le plus simple à imaginer. Ce petit message de 160 caractères maximum utilise les fréquences de téléphonie mobile classique, et envoyé directement de téléphone à téléphone. Zéro serveur qui les stocke, zéro utilisation du réseau Internet. La consommation se réduit donc presque à l’énergie nécessaire pour alimenter les appareils.
  • Le MMS en revanche, même si il est envoyé par la même application, ne transite pas par les mêmes réseaux. Le contenu multimedia (photo, vidéo…) aura besoin d’Internet pour circuler. D’autre part – et c’est mon cas personnellement, mais cela dépend du téléphone – les pièces jointes sont enregistrées dans l’application ce qui l’alourdit fortement, et bien souvent il faut aller fouiller dans les centaines de conversation pour supprimer les messages un par un et vider une partie de la mémoire de son téléphone quand celui-ci vient à saturer.
  • Les autres messageries instantanées utilisent les réseaux Internet. Les messages sont stockés dans différents serveurs bien souvent délocalisés à travers le monde, et de fait il est beaucoup plus difficile d’en estimer leur empreinte carbone – dépendant de la taille du message et du contenu, de la localisation des personnes et des serveurs, si le réseau utilisé est le wifi, la fibre, les données mobiles, etc. On peut raisonnablement penser que leur empreinte carbone est de l’ordre de grandeur de celle d’un e-mail… ce qui est bien plus qu’un simple SMS !

Quelle est l’empreinte carbone de ces différents messages ?

La taille de l’écran sur lequel est écrit et lu le message joue aussi énormément : plus la taille de l’écran est petite, moins il consomme (et moins il a nécessité de ressources pour le fabriquer), donc il est toujours bon de privilégier la lecture sur un petit écran qu’un ordinateur.

Pour ce qui est des chiffres, Mike Berners-Lee, chercheur à l’Université de Lancaster et également frère d’un des inventeurs du web, Tim Berners-Lee, a écrit il y a plus de 10 ans l’ouvrage « How bad are bananas? The carbon footprint of everything » : il y a calculé l’empreinte carbone de plus d’une centaine d’éléments, des objets du quotidien jusqu’à des concepts moins « palpables » comme les guerres ou les volcans.

Le mail, clairement le plus polluant

Ainsi, Berners-Lee estimait qu’un simple mail émet de 0,3 g de CO2 pour un spam à 4 g pour un mail classique et jusqu’à 50 g de CO2 pour un courriel contenant une photo ou une pièce jointe volumineuse. Le contenu des mails ayant évolué depuis, on peut s’attendre à ce que l’impact des mail ait changé également.

Ces données semblent dépassées, et sont pourtant aujourd’hui souvent citées et utilisées, notamment par l’ADEME. C’est dire qu’il est difficile de chiffrer précisément l’impact carbone de ces éléments tant ils dépendent de nombreux paramètres.

L’article Empreinte carbone d’un e-mail : mythes, réalités et solutions a tenté d’actualiser ces données. Comme on peut le voir sur le schéma ci-dessous. L’empreinte carbone du mail dépend de son poids, mais davantage de l’appareil sur lequel il aura été rédigé et lu, du réseau par lequel transitent les données, et bien sûr du nombre de destinataires. Il vient confirmer les ordres de grandeurs, proposés par Berners-Lee, bien qu’il réduit d’un facteur 10 le poids d’un mail avec pièce-jointe volumineuse.

Ces quelques grammes de CO2 semblent peu de chose, et pourtant, il faut considérer le problème globalement :

  • 293 milliards de mails sont échangés par jour (1,4 milliards pour la France)
  • 75% d’entre eux sont des spams
  • 60% des mails ne sont pas ouverts…

Oui, ces chiffres donnent un peu le tournis et confirment bien que les mails polluent plus qu’ils ne devraient.

La messagerie instantanée par Internet, guère mieux

Utilisant les réseaux internet, les messageries telles que Whatsapp ou Facebook Messenger émettent guère moins qu’un email, et tout dépend encore du contenu qui est véhiculé (textes, photos ou vidéos). Un tweet, par exemple, limité en contenu et en caractères, aurait une empreinte de 0,2 g de CO2 (cependant jamais confirmé par Tweeter).

Les SMS et les appels téléphoniques, à privilégier !

Et on parle bien des appels utilisant les réseaux téléphones, et non pas les appels passés via les applications de messagerie. Si vous le pouvez, privilégiez le téléphone : votre interlocuteur n’est peut-être pas connecté à un réseau Wi-Fi à ce moment-là, et vous l’obligerez à consommer inutilement la 4G (ou plus !), alors que cela n’est pas nécessaire, et qu’il n’a pas forcément le forfait illimité pour les données (oui, cela existe encore !). De plus, le réseau Wi-Fi est bien moins consommateur d’énergie que la 4G (environ 20 fois moins – dès que je retrouve une source fiable je la rajoute !).

Pour ce qui est des messages écrits, le SMS reste également le moins consommateur d’énergie : Berners-Lee estime à 0,014 g de CO2 l’empreinte d’un SMS. L’équipe de Frédéric Bordage, de GreenIT.fr, l’a même estimé à 0,00215 g en 2010.

Et la visio dans tout ça ?

On s’en doute, rajouter du contenu vidéo alourdit énormément le flux de données, qui transite uniquement par Internet. Une étude de 2012 de l’University of New South Wales (Sydney) a estimé qu’une réunion de 5h tenue par vidéoconférence entre des participants de différents pays produisait entre 4 kg et 215 kg de CO2 – plus de 100 fois l’empreinte d’un simple appel téléphonique.

Il n’est pas forcément question de supprimer complètement la visio, qui permet de rester en lien avec ses proches ou ses collègues sans avoir à faire des kilomètres. Mais tenir une réunion visio ou un webinaire caméras allumées n’est pas forcément nécessaire lorsqu’il n’y a qu’un interlocuteur qui parle ou que l’on a seulement besoin de partager un écran (beaucoup moins consommateur d’énergie que la caméra).

L'empreinte carbone d'un message, du SMS à la visio...

Ce qu’il faut en retenir

Attention aux ordres de grandeur

Au vu des quantités astronomiques de messages échangés chaque jour dans le nombre, ces petits gestes peuvent faire la différence. Mais pas autant que préserver ses appareils, les réparer et les reconditionner !

En résumé, si vous décidez de vous séparer de votre smartphone de moins de 2 ans, ou que vous visionnez des heures et des heures de vidéo sur le réseau 4G, ces actions n’auront presque pas d’intérêt. De même que trier sa boîte mail, n’a presque aucun poids dans l’impact global d’un courriel.

Malgré les mythes répandus, ce n’est pas la gourmandise énergétique des serveurs qui alourdit le bilan carbone d’un mail. Ni même l’électricité nécessaire à son transport. Ce sont l’amortissement de la fabrication de l’ordinateur ou du smartphone (l’empreinte carbone totale de l’équipement divisée par le nombre de minutes d’utilisation pendant toute sa durée de vie) et la consommation énergétique de l’équipement qui ont le plus d’impact.

Finalement, réduire l’impact environnemental de ses mails, c’est surtout allonger la durée de vie de ses appareils numériques et réduire leur consommation.

Empreinte carbone d’un e-mail : mythes, réalités et solutions

N’oublions pas de protéger nos données

Les messageries Internet que vous utilisez sont souvent détenues par des entreprises appartenant aux GAFAMs, dont le modèle économique repose principalement sur vos données personnelles.

N’oublions pas que Whatsapp fait partie du groupe Meta, qui n’est autre que Facebook. Des applications telles que Signal ou Telegram sont également de plus en plus adoptées par les utilisateurs soucieux de ne pas se faire « épier ». On retrouve aussi régulièrement dans la presse des mises en demeure des différentes CNIL européennes reprochant à Facebook le manque de transparence en matière de protection des données.

Pour prendre un exemple très personnel, je me retrouve aujourd’hui avec des publicités pour des accessoires pour chats dans mon fil d’actualité Facebook, alors que je n’ai jamais manifesté sur ce réseau un quelconque intérêt pour nos amis les animaux – par contre le groupe Whatsapp partagé avec mes voisins a justement évoqué plusieurs fois le sujet des chats dans la même semaine. Coïncidence ?

C’est également via cette application que Jeff Bezos s’est vu pirater son téléphone portable, tout simplement en téléchargeant une photo contenant un malware… Comment éviter ce type de problème ? > Paramètres > Utilisation données et stockage > Désactiver le téléchargement automatique. Votre consommation de données s’en ressentira !

En conclusion…

Chaque façon d’envoyer des messages a ses avantages et ses inconvénients. Nos choix nous appartiennent, mais savoir ce qu’implique ce choix tant sur le plan environnemental qu’économique me semble nécessaire, pour éviter d’utiliser la grosse artillerie, lors qu’un simple SMS permet d’envoyer un simple merci…

Le message le moins polluant est celui… qu’on n’envoie pas !

Sources :

Pour aller plus loin...

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